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Carnet de tournage 7 / La Fille PerchéePar Judith Lesur :: 14/07/2007 à 13:20 :: la fille perchée
08/07
Magali, la mère, comédienne lyonnaise, qui est arrivée dans la nuit, et Pascal, le père, comédien de la région, ont un vague air Deschiens lorsqu'ils sont maquillés et habillés, et la scène de repas dans la cuisine de ferme est des plus réalistes... ![]() La petite dame qui nous prête sa maison passera la journée dans le jardin ou chez les voisins, on se sent un peu intrus. Il faut faire passer la grande table de la cuisine par la fenêtre, mais nous gardons pas mal d'éléments de déco... Nous commençons avec la scène dans la chambre, vue à hauteur de Fille, où les mouvements du corps de la mère sont plus importants que son visage, hors champ. La séquence la plus compliquée à tourner est celle de la dispute mère/fille, avec course poursuite autour de la table de la cusine, claque, saignement de nez et aboiements de chien. Dans sa course, Mathilde doit presser un coton imbibé de (faux) sang planqué sous la table et se passer la main sur le visage après la (fausse) claque de Magali, qui elle s'évanouit et s'écroule au sol d'une manière très convaincante. La gentille chienne Ultra n'aboyant que lorsqu'elle voit son maître agiter un "objet de motivation", nous la filmons en gros plan. Exit le plan au niveau du sol où on devait voir le chien et les jambes qui se déplacent autour de la table... Carnet de tournage 6 / La Fille PerchéePar Judith Lesur :: 14/07/2007 à 13:19 :: la fille perchée
07/07 Nous filmons les enfants en train de courir en se bousculant dans les orties (des fougères, pour de vrai) avant de s'engouffrer dans la cabane. Scène de goûter à l'intérieur, avec trois travellings identiques qui montrent les différentes étapes, jusqu'à ce que la Fille et Nicolas se retrouvent seuls et "jouent au docteur". Je me rends compte qu'il est plus facile de diriger des comédiens que des figurants (ici, des silhouettes, c'est-à-dire des petits rôles sans texte), qui prennent peu d'initiative. Je réalise aussi que mon choix d'éviter les dialogues creux, qui serviraient juste à rendre crédible la situation sans rien apporter à l'histoire, n'aident pas forcément à être naturels. Un équilibre à trouver... pour rester à la limite du réaliste et du symbolique...
Je répète avec Antoine et Mathilde en équipe réduite, la mère d'Antoine est un peu en retrait, sans doute curieuse de voir comment son fils va réagir lorsqu'il se fera chatouiller le ventre devant la caméra. Ce qui m'étonne le plus est leur sérieux à tous les deux. Ils sont bien sûr gênés, et leur pudeur les rend solennels. Ils ont quelque chose de vraiment touchant, c'est peut-être la première fois que Mathilde glisse la main sous le t-shirt d'un garçon... Le décor a vraiment bien fonctionné, on ne se doute pas que sous la paille, le matelas déglingué, les tabourets... des palettes et du carton nous isolent du purin... Nous allons ensuite à la rivière, pour les dernières séquences du film. Bizarre de bousculer la chronologie à ce point, je suis sûre que Mathilde et son personnage vont évoluer et s'étoffer au cours du tournage et c'est dommage de ne pas pouvoir attendre.
Les problème immédiats sont le courant, qui nous empêchent de faire nager les enfants comme prévu, et la température de l'eau... Ils sont tout tremblants sur les dernières prises, et leur sourire est un peu crispé... ![]() Carnet de tournage 5 / La Fille PerchéePar Judith Lesur :: 14/07/2007 à 13:19 :: la fille perchée
06/07 Voilà, premier matin de tournage, arrivée à 8h30 sur le premier décor : le collège de Ploudalmezeau. Je suis rassurée de voir qu'Antoine, qui joue Nicolas, n'a pas trop changé depuis le casting de l'année dernière.
Nous mettons en place le premier plan, dans les toilettes, sous le préau. Au fil des répétitions, les comédiens se détendent. Mathilde découvre que ce n'est pas facile de rire sur commande dix fois de suite... ![]() Brice, chef électro et Sarah, assistante caméra, s'installent Il faut ensuite régler la chorégraphie des figurants dans la cour d'école, Lulu se transforme en chauffeur de salle pour encourager les enfants à crier et parler, sans regarder la caméra...
la récré... Pendant que nous filmons un plan à l'extérieur du portail, Geneviève, la prof, nous rejoint. Elle colle parfaitement au rôle, avec sa robe moutarde avec épaulettes... Nous tournons les deux travellings dans la salle de classe, avec les ricanements des élèves quand la Fille se fait sortir. On s'y croirait... Nous filons sur la route de la première séquence, les nuages n'attendront malheureusement pas le temps de l'installation pour masquer le soleil, la lumière est un peu plate, dommage... Nous terminons la journée avec une heure d'avance, ce qui n'est pas forcément courant pour un premier jour, tout le monde est content. Je pars avec Maryline et la caméra pour voler quelques images de nature, qui pourraient servir de respiration, mais nous revenons presque bredouilles. Nous nous félicitons de cette première journée fluide et sans heurt, ce qui n'était pas gagné étant donné nos caractères à toutes les deux. Mais depuis Apis Malefica, nous avons pris le temps de discuter et nous avons deux ou trois petites phrases "formules magiques" qui permettent de désamorcer la situation avec un peu d'humour... Carnet de tournage 4 / La Fille PerchéePar Judith Lesur :: 11/07/2007 à 13:39 :: la fille perchée
05/07 la route après l'avoir vue ouvrir portière de la voiture et sauter en marche... Bien sûr il pleut, bien sûr les bas-côtés sont boueux mais après m'avoir montré le cadre avec ses mains en rectangle, Maryline s'est fait un plaisir de se rouler dans la fange pour enseigner à Mathilde les techniques de base de la roulade de judo... On s'aperçoit que le mouvement que nous pensions demander à Henri, la Bête, pour figurer le moment où il est percuté par la voiture des parents relève de la cascade et nous décidons de changer le découpage pour ne pas prendre de risque.
Nous allons ensuite à la rivière pour repérer les endroits précis où nous mettrons la caméra, histoire de ne pas faire attendre les jeunes comédiens dans l'eau... Le décor ressemble exactement à ce que j'avais en tête, soleil en moins... Nous rentrons au gîte pour accueillir Fanny, coiffeuse et maquilleuse, qui coupe les pointes de Mathilde pour atténuer l'effet dégradé qui n'était pas de mise à la campagne dans les années 80... Nous optons pour un maquillage léger, le plus naturel possible. Lucien, dit Lulu le chef machino, arrive avec son assistant, ce sont les Bretons de l'équipe et ça s'entend. Lulu travaille généralement sur des longs-métrages, mais là, le projet lui plaisait, alors... Nous avions peur du mouvement de grève des professionnels de l'audiovisuel, qui ont finalement accepté de laisser partir nos camions de matériel, mais ce sont en fait les agriculteurs brestois qui ont bloqué les électro et l'assistante caméra : ils sont arrivés à 1h30 du matin. Le preneur de son et son assistant ont galéré aussi. Bienvenue dans le Finistère, le bout du bout de la terre... Je rentre tôt avec Mathilde, à pied, histoire de se détendre. Bien évidemment nous nous perdons, et c'est ainsi que nous découvrons au bout d'une allée du lotissement, qui mélange étrangement vieilles maisons en pierre et constructions récentes disgracieuses, un petit sentier sablonneux qui débouche sur une longue plage déserte. Le seul rayon de soleil de la journée nous transperce là, et c'est un joli moment, Mathilde est impressionnée de jouer avec "de vrais comédiens", mais contente de commencée avec les scènes d'école où elle sera entourée de figurants. Je tente le Manzana pastèque/vodka, où comment se donner une petite tape sur la tête avant d'aller se coucher. Bizarrement j'ai plutôt bien dormi, après un repas dans le hangar à bateaux des propriétaires des gîtes, qui nous permettra de réunir tous les soirs les 25 personnes de l'équipe... Carnet de tournage 2 / La Fille PerchéePar Judith Lesur :: 04/07/2007 à 15:19 :: la fille perchée
03/07 après-midi
(fausse rouille, effet boiserie pour masquer les fenêtres en PVC, tôle pour fermer la cabane...) Emma finalise les demandes d'autorisation pour bloquer les routes, placer la caméra dans un champ, faire allumer l'enseigne d'un Casino de 1h à 3h du matin... Toute cette effervescence autour de "mon" film... J'espère ne jamais être blasée de cette énergie collective faite de milliers de petits riens à organiser, de micro-problèmes à résoudre, et la farfouille, la bidouille, l'ingéniosité pour trouver plus crédible et plus économique, cette générosité de temps et d'effort... Nadège, régisseuse, arrive. Comparé au tournage rock'n roll d'Apis Malefica l'été dernier, fait à l'arrache et avec les moyens du bord, tout ici est très hiérarchisé. Chacun a un rôle précis, et c'est un vrai confort... Je n'aurai cette fois qu'à me soucier de la mise en scène, du cadre et des comédiens. Maryline, chef-op, sera mon filtre pour dialoguer avec les machino et les électro, Fabien, premier assistant, veillera à ce que tout soit fluide sur le plateau, Lisa, la scripte que je ne connais pas encore, s'assurera de la cohérence des prises et des plans. C'est vraiment excitant de faire dialoguer réel et imaginaire : transformer les données concrètes, physiques d'un paysage, d'un décor, selon sa propre topographie mentale et inversement nuancer l'atmosphère imaginée en découvrant leur particularité. 04/07 Matinée tranquille en prévision (pour moi !) : l'équipe régie complétée fera le tour des décors, pour être bien au point quand il s'agira de transporter comédiens, techniciens et matériel d'un lieu à l'autre. Le reste de l'équipe est réquisitionné pour aider Marie et Julien à charger palettes et cartons pour assainir et aplanir le sol de la cabane, qui, après quelques mois bien pluvieux, est un champ de boue et de bouse... Les changements de température et de lumière sont plutôt facétieux : pluie - soleil - nuages - soleil - pluie... Le sinistre devient bucolique, avant de virer mystérieux puis gai, puis glauque puis... Voyons le bon côté des choses : ça nous aidera à renforcer les ellipses temporelles qui ponctuent le récit, même si les raccords et les installations lumière risquent d'en pâtir... Maryline a prévu des plans B et les Bretons de l'équipe nous aideront à prendre les choses avec philosophie... Mathilde arrive cet après-midi avec Emilie, la costumière. Courageuse Mathilde, qui sera de tous les plans (sauf 1 !) et qu'il s'agit de rendre à l'aise malgré la vingtaine de personnes qui ne la quitteront pas des yeux. Elle nous a montré l'année dernière à quel point elle était concentrée et endurante, reste plus qu'à la détendre pour qu'elle aussi prenne du plaisir à cette aventure et trouve l'alchimie d'intériorité et de spontanéité de ma Fille Perchée...
Carnet de tournage 1 / La Fille PerchéePar Judith Lesur :: 03/07/2007 à 17:10 :: la fille perchée
01/07
Sous une pluie que l'on pourrait qualifier de bretonne, me voilà en route pour la gare. Le coffre du taxi avale ma valise bien remplie et le gros sac de costumes qui me donnent l'impression que le silex de mes omoplates ne va pas tarder à faire des étincelles. Je quitte la Croix-Rousse, partagée entre l'effet grisaille-du-dimanche après-midi et l'excitation du départ. Je noie les excuses de la SNCF pour ses retards passés et à venir et les cris du bambin qui, d'après les cernes violettes de sa mère, a une endurance précoce, sous les volutes musicales de mon walkman et j'écris. Petite balade dans les fondements de Paris et je m'enfonce enfin dans le canapé de Maryline pour trinquer à ce projet qui nous mobilise les neurones et les tripes depuis trois ans. Buvons, nous travaillerons sur le découpage technique demain, dans le train. 02/07 Maryline s'endort à l'heure où je me réveille, et avec Fabien, que nous retrouvons sur le quai du métro et dont la gueule de bois semble aussi chargée que le sac à dos, nous ressemblons à trois adolescents fébriles à la veille de la colo. Nous regardons les quelques séquences qui pourraient encore se simplifier, puis nous dormons pour les uns, rêvassons pour les autres. Le scénario est arrivé à un stade de concentration tel que tout paraît aller à l'essentiel, même les respirations. À Brest nous attend Emma, notre directrice de production/régisseuse générale et je vois en miroir sur ses traits les effets de la préparation du tournage. Nous accumulons des réserves caloriques non négligeables à la crêperie du coin, où nous rejoignent Marie et Julien, la chef déco et son assistant. Nous allons voir les premiers décors, et mon sourire face à la concrétisation des images que j'ai dans la tête depuis un certain temps s'épanouit à mesure que celui de Marie se crispe devant la tâche qui l'attend : relooker l'aile désaffectée d'une maison de retraite, transformer un abri à bestiau en cabane d'enfants... C'est sous la pluie que nous essayons de deviner la profondeur de la rivière dans laquelle les jeunes comédiens vont devoir nager, sans même oser y plonger la main pour évaluer sa température... Gîte, courses, restaurant sur le port..., la vie collective trouve ses repères. Parmi les multiples points d'interrogation qui défient la persévérance d'Emma, il y a l'immobilisation possible des camions des machino à Paris, due à la grève des intermittents de l'audio-visuel prévue les 3 et 4 juillet. Nous avons fait savoir au syndicat de salariés que nous étions solidaires avec le mouvement et que nous ferions mention de la situation au générique du film, mais qu'étant donnée la précarité des conditions du projet, nous ne pouvions pas nous permettre de perdre un jour de tournage. Fin de soirée. On ne voit pas la mer mais on l'entend. Il fait froid. Je suis étonnamment calme depuis que je suis ici, malgré mon impatience de commencer à tourner. 03/07 Le réveil matinal est l'occasion de commencer à écrire ce carnet de tournage dans le gîte silencieux, avant d'aller vérifier les derniers décors : le hameau, théâtre du cauchemar et des deux cascades du film, où nous avons la chance de trouver la maison qui nous manquait avec sa cuisine rustique et sobre, puis l'arbre, le magnifique arbre de La Fille Perchée, dans le parc d'un manoir, le sol est détrempé et le remorquage de la vieille carcasse de 2 chevaux risque d'être épique mais, avec un rayon de soleil, le tableau est bluffant. Nous finissons par le collège, qui n'a opportunément pas encore eu les moyens de moderniser toutes ses salles de classe. Nous voyons rapidement comment installer les 15 enfants pour donner l'impression qu'ils seront 30 et nous choisissons les toilettes dans lesquels Nicolas et Mathilde joueront leur première scène, en sniffant de la colle à rustines... Nous changeons de crêperie avant de rentrer au gîte, où, studieux, chacun met ses notes et croquis au propre pour briefer le reste de l'équipe qui arrive dans les trois prochains jours. J - 7 / Fille perchée / théorie et pratiquePar Judith Lesur :: 29/06/2007 à 8:40 :: la fille perchée
voilà ce que ça donne sur le papier...
j'ai hâte de le voir en action... qu'est-ce que le cadre, les comédiens, la lumière, l'imprévu... vont apporter au découpage technique ? J - 10Par Judith Lesur :: 26/06/2007 à 6:53 :: la fille perchée
l'ennemie n° 1 : la météo...
les prévisions sont... fraîches... la fille perchée va-t-elle réussir à grimper à l'arbre avec des bottes en caoutchouc ??? J - 11Par Judith Lesur :: 25/06/2007 à 18:03 :: la fille perchée
les choses se précisent, l'équipe, la couleur des costumes, les décors... chacun trouve sa place, les points d'interrogation ne sont pas encore des impossibilités, ça pulse dans les veines, ça suinte dans le sommeil, mais ça ne vire pas encore à l'obsession... doncPar Judith Lesur :: 13/06/2007 à 16:28 :: la fille perchée
nous tournons, du 6 au 13 juillet, au nord de Brest !
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